Au Crédit Agricole, le télétravail, c’est plus d’efficacité et une meilleure conciliation vie professionnelle/vie privée

Rencontre avec Denis Cirot, expert-consultant en système d’information, qui expérimente le télétravail depuis juin 2011


Le télétravail, un vrai levier pour une meilleure conciliation vie privée/vie professionnelle

Dans le cadre de notre réflexion sur les initiatives organisationnelles favorisant la conciliation vie familiale/vie professionnelle et à travers elle, l’égalité homme/femme en entreprise, nous avons déjà recueilli les témoignages d’Alexia Penent et Marc Grosser, chez Danone, d’Emmanuelle Lièvremont chez L’Oréal sur le télétravail…

Au tour du Crédit Agricole de nous présenter son dispositif de télétravail. Pour cela, nous avons appelé Denis Cirot, expert-consultant en information, à son numéro habituel. Il nous a répondu depuis son domicile, car ce jour-là, il était justement en télétravail. S’il ne nous l’avait pas précisé, nous ne l’aurions pas deviné. Témoignage.


Programme EVE : Bonjour. Depuis quand pratiquez-vous le télétravail?

Denis Cirot : Officiellement depuis juin 2011. J’ai fait partie du groupe pilote qui a participé à la mise en place du télétravail au Crédit Agricole. La réalité, c’est que je suis dans la logique du télétravail depuis bien plus longtemps que ça. En tant que consultant, j’ai des fonctions qui m’appellent à travailler avec l’ensemble des entités du groupe. Je passe de l’une à l’autre au cours d’une journée, sans repasser à chaque fois par le bureau et en rationalisant mes déplacements pour ne pas passer ma vie dans les transports. J’ai appris à organiser mon temps “autrement” depuis plusieurs années déjà.


Le premier investissement du télétravailleur : un bon fauteuil parce qu'on "prend souvent moins bien soin de soi que l'entreprise ne le fait pour vous" (c) Efficience

Programme EVE : Vous êtes désormais officiellement en télétravail. Comment cela s’organise-t-il?

Denis Cirot : Je travaille depuis chez moi tous les lundis. Là, par exemple, vous m’avez appelé au bureau mais je vous ai répondu depuis mon domicile, via une ligne connectée à mon ordinateur. Toutes les personnes qui pratiquent le télétravail au Crédit Agricole disposent du même système. Je me suis installé chez moi un véritable espace de travail, qui n’est dédié à rien d’autre, et que j’ai tâché de rendre convivial. Par exemple, je me suis acheté un bon fauteuil, car je me suis rendu compte que l’on prend parfois moins de soin de soi que l’employeur ne le fait pour nous. L’ergonomie, c’est essentiel, d’où que l’on travaille.


Programme EVE : Effectuez-vous des tâches particulières en télétravail que vous ne faites pas habituellement au bureau?

Denis Cirot : En fait, le télétravail me sert précisément à faire ce que je ne peux pas faire au bureau, soit parce que je n’en ai pas le temps, soit parce que le climat de l’open-space n’y est pas favorable. Tout ce qui demande de la concentration et de la réflexion, je le mets de côté durant la semaine pour ma journée de télétravail.


Programme EVE : Pour vous, quel est le véritable gain d’une organisation intégrant une journée hebdomadaire de travail?

Denis Cirot : Le gain immédiat, c’est le temps de transport. Le lundi, j’ai une heure quarante de plus dans mon agenda. Une heure quarante de gagné et beaucoup de moins de fatigue, de stress… Une heure quarante que je peux répartir entre mon travail et ma vie privée. Il faut dire aussi que de nombreuses entreprises ont déménagé ces dernières années, on ne peut pas toujours changer d’habitation quand son lieu de travail se déplace. Du coup, les temps de transport ont pu augmenter pour de nombreux salariés. Le télétravail permet d’amortir ces changements.


Le télétravail permet aussi de repenser la répartition des tâches au sein de la famille : Denis Cirot estime normal et évident de préparer les repas quand il est à la maison pendant que sa femme est dans les transports pour rentrer du travail.

Programme EVE : Voyez-vous des inconvénients au télétravail?

Denis Cirot : Des inconvénients, non. Mais je pense que c’est une organisation qui réclame de la discipline. Pas tant pour se mettre au travail, parce que ça, c’est une évidence, mais plutôt pour ne pas se laisser piéger par la tentation d’en faire encore plus, ce qui annulerait les effets positifs du télétravail. Même en télétravail, il faut savoir se ménager des pauses, par exemple. On ne descend pas prendre un café avec un collègue mais on peut écouter un peu de musique ou aller prendre l’air 5 minutes de temps en temps. L’idée n’est pas non plus d’être à son poste de 7 heures du matin à 22 heures. L’idée, c’est de gagner en concentration et en bien-être professionnel.


Programme EVE : Et côté vie privée, qu’est-ce que le télétravail a changé pour vous?

Denis Cirot : La répartition des tâches à la maison. Maintenant, je cuisine pour mon épouse (rire). Avant, je ne le faisais jamais. Et je ne m’étais pas forcément rendu compte, quand elle le faisait pour nous deux, que c’était un effort de se mettre aux fourneaux, après une journée complète de boulot. Maintenant que je suis à la maison ce jour-là et que je n’ai pas de temps de transport, ça me parait une évidence que c’est à moi de faire le repas. Et de lui permettre de se mettre les pieds sous la table en rentrant!


Propos recueillis par Marie Donzel